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Carnival ou le rêve d’un ogre ridicule revient au Cirque Electrique

C’est une histoire d’ogre, un conte de cirque, qui se déploie sous le chapiteau convivial et accueillant du Cirque Electrique, ce havre pour l’imaginaire niché au dessus du Périph, Porte des Lilas.
“Il était une fois, ou bien deux fois plutôt qu’une”. Dès que s’ouvre l’histoire de “Carnival”, on est dans le bain, pris dans les filets de l’écriture d’Eugène Durif, propre à séduire petits et grands de ses facéties de langage, de sa verve joueuse, de sa gourmandise verbale. Conté par un narrateur en hauteur tantôt assis dans son vieux fauteuil, un gros livre à moitié effeuillé sur les genoux, égrénant sa ritournelle fictionnelle, tantôt debout, psalmodiant ses paroles en musique, pour en extraire tout le jus sonore, le récit nous entraîne sur les pas de Ledru, ogre malingre et rêveur, indifférent à la chair fraîche enfantine, préférant de loin les légumes croquants à la viande saignante. Un vilain petit canard en quelque sorte, la honte de la famille. Notre Arlequin lunaire, ventre creux et regard triste, échoue dans une fête foraine où sa famille ogresque l’a envoyé rabattre quelques gamins pour le repas du soir. Des mômes pour la marmite, il n’en trouve pas car il s’en soucie guère mais ses pas le mènent sur la route d’une danseuse céleste, acrobate féérique qui lui prend son cœur aussitôt et l’éveille à une passion nouvelle : le cirque.

Le spectacle alterne dimension narrative et numéros circassiens avec un bel équilibre. Dans un décor de fête foraine fantôme, toute en clair-obscur, où les silhouettes des interprètes s’auréolent de brume et de mystère, le public assiste à des numéros épurés, infiniment poétiques. Fil, roue Cyr, tissu, hula-hoop, pointes sur verre, contorsion, cerceau trapèze, jonglage enflammé… chaque numéro est une trouée magique et onirique qui vient renverser le cours des choses, déjouer la gravité, narguer l’ordinaire et soulever les pieds trop sur terre. Car les artistes en piste sont fabuleux et maîtrisent leur discipline à merveille. Vêtus de costumes (conçus par Antonin Boyot Gellibert) aux couleurs dégoulinantes et délavées, tels des guenilles de carnaval portées par des saltimbanques de conte, les personnages évoluent dans un décor de récup’, peuplé de bidons tout droit sortis d’une décharge, d’un bestiaire de manège, avec cheval en plastique rougeoyant. On croirait parfois apercevoir un tableau de Picasso de sa série des acrobates et arlequins. Une atmosphère chargée de rêves autant que de cauchemars, où la mièvrerie et les confiseries trop sucrées n’ont pas droit de citer. Ici, l’ambiance confine au punk, au rock de garage, avec musique live prolongée par une Free Kids Party sous la tente attenante, décorée pour l’occasion avec un mur de peluches en cage et une flopée de ballons. Les musiciens sont déguisés, la baraque à crêpes distribue ses bonnes odeurs et le quatre heure. Les enfants ont l’air dans leur élément, heureux de se défouler comme des sauvages après avoir retenu leur souffle sous le chapiteau, hypnotisés par ce “Carnival” enchanteur à l’imaginaire pénétrant. Et les parents ne sont pas en reste, ils trouvent apparemment leur compte très aisément car le talent est la chose qui se partage le plus facilement. 

A noter qu'un livre-disque de 48 pages tiré du spectacle et illustré par Kiki Picasso à partir des scènes du spectacle paraîtra incessamment sous peu aux éditions Tohu Bohu et sera en vente en librairies à partir du 29 novembre. Rock'n roll attitude et couleurs pop au rendez-vous !

Par Marie Plantin

Carnival
Le Rêve d’un ogre ridicule
Du 30 novembre au 23 décembre 2019
Au Cirque Electrique
Place du Marquis du Vercors
75020 Paris
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