Actualités
vendredi 22 septembre 2017
Ecouter Ovide en famille dans la cale d'une péniche
 
Actualités
jeudi 21 septembre 2017
Trois jours de fête gastronomique au Food Temple
 
Actualités
jeudi 21 septembre 2017
Migration et hospitalité à l’honneur du festival Welcome ! au Musée de l’immigration
 
Actualites

Blanche Gardin, elle parle toute seule mais on rit nombreux

Non, Blanche, tu ne parles pas toute seule puisque des salles entières t’écoutent, tellement, que ton spectacle est prolongé jusqu’à la fin du mois de juin. Et on t’assure, ce n’est pas le Dieu des salles pleines qui est à l’origine de ce miracle mais bien ton talent fou, ta générosité, ton regard sur le monde et ta manière de le raconter.
Rarement on a vu une salle entière se bidonner à ce point-là face à une humoriste dont le spectacle est tout de même interdit aux moins de 17 ans. Voilà qui n’est pas commun. Tout un programme en somme. Pour ceux que cela effraierait, non, Blanche Gardin n’est pas si trash que ça, disons qu’elle a un talent fou, celui de parler de tout, de sexe et de caca, de boulimie et de sodomie, de suicide aussi, oui spoilons un peu - on n’ira pas non plus en enfer pour si peu -, avec un air de ne pas y toucher, presque avec délicatesse, osons le mot. Et pourtant la demoiselle ne prend pas de gants, c’est le moins qu’on puisse dire, elle appelle un chat un chat, elle n’effleure pas ses sujets, elle y plonge jusqu’aux coudes sans peur de se salir ni d’y laisser des plumes. Et c’est effarant ce qu’elle arrive à faire passer du haut de ses talons de midinette, avec sa jupe en corolle de belle des champs et son visage de sainte nitouche. Parce que son atout premier c’est qu’elle est drôle, terriblement drôle. Les spectateurs - et moi la première -, se tordent de rire, littéralement. Les gens sont pliés en deux, secoués de soubresauts, le corps entier pris par l’hilarité. Que c’est bon, que ça fait du bien. Et que c’est fort. Faire rire, ce n’est pas rien. Surtout à ce point-là et sur la durée d’un spectacle qui a le mérite de ne pas être une succession de sketches sur des sujets rebattus.

Blanche Gardin invente un personnage à part entière en partant d’elle-même, la quarantenaire célibataire, boulotte et lucide concernant sa condition et ce à quoi elle peut aspirer - en terme de mecs il s’entend. Certes elle grossit le trait, oui mais à peine en fait. Elle pointe du doigt nos habitudes, nos pratiques, nos hypocrisies, nos failles en partant d’elle-même… Et elle tient ce personnage du début à la fin, cette femme déprimée hyper touchante qui nous raconte ses mésaventures avec une sorte de candeur délicieuse doublée d’un regard acéré sur ce qui lui arrive et le monde qui l’entoure. Cela tient à son charme, à sa manière de raconter, sans jouer les autres personnages, sans chercher à incarner qui que ce soit, mais en laissant à la parole son entière place.

Et c’est là que tout se joue. Dans l’écriture. Celle de Blanche Gardin est un pur régal. Elle manie le verbe avec virtuosité, drape sa langue d’images réjouissantes, mène la cadence avec une maîtrise qui force le respect. Tout y est, le rythme, les envolées du récit, et le fond aussi. Car finalement, si nous rions, si nous sommes touchés, c’est qu’elle parle vrai Blanche.

Son one woman show est un miroir sociologique et intime, l’écho de notre monde et de ses dérives, de nos abus ou détournements de langage, de nos traumatismes et de nos désillusions. Tout ce dont il vaut mieux rire plutôt que… de déprimer.

Par Marie Plantin

Blanche Gardin
Je parle toute seule
Jusqu’au 24 juin 2017
A l’Européen
5 Rue Biot
75017 Paris
Réserver cet évènement