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Barbara

Barbara forever et en ce moment à la Philharmonie

C’est un chemin sinueux tapissé de lourds rideaux de velours que la Philharmonie a imaginé pour pénétrer à pas feutré dans la vie et l’œuvre de Barbara, indissociables l’une de l’autre. Une traversée bouleversante dans les pas d’une artiste qui chantait son existence et cultivait un lien d’une intensité folle avec son public.
Elle est à l’affiche du dernier film de Mathieu Amalric sous les traits de Jeanne Balibar, fantasque et ressemblante à la perfection. La voici à la Philharmonie de Paris qui lui consacre une exposition resplendissante, obscure et lumineuse, comme elle l’était. Barbara, chanteuse d’exception, dont les paroles habitent tant de têtes, eut une vie contrastée, intense et riche, une vie de création nourrie de ses ombres autant que de sa lumière. Barbara, dont l’on découvre pas à pas, au rythme de cette exposition biographique, les différents visages, de photographie en photographie, les différents corps aussi. Visage plus poupin de sa jeunesse, cheveux longs et corps plus rond, jusqu’au visage que l’on connaît le mieux, coupe courte, yeux de biche surlignés d’eye liner, traits affinés, corps allongé, sculptural et chorégraphique. Barbara, de son vrai nom, Monique Serf, c’est un peu le vilain petit canard qui se transforme en cygne, un cygne noir majestueux qui aura donné des mots et des mélodies inoubliables à ses blessures d’enfance, à ses joies, à ses drames, à ses élans, à ses amours, à ses ruptures, à ses espoirs, à ses colères, à son espièglerie aussi. 

Ce sont ses mains qui nous accueillent à la Philharmonie, paumes ouvertes vers nous, à l’entrée de l’exposition qui lui est consacrée, en lieu et place de l’ancien chapiteau qui aura accueilli les mythiques concerts de Pantin, événement absolument unique dans l’histoire de la chanson. Ses mains que l’on retrouve souvent dans les portraits de la dame brune. Ses mains qui en disent long, expressives, volatiles, vibrantes, ses mains qui envoient des signes et sculptent à vue les émotions de chaque parole. Et ce sont des images du fameux concert final de Pantin qui fut une communion sans précédent entre une artiste et son public qui viennent clore l’exposition, au terme d’un parcours qui nous attire, nous embrasse, nous lie par l’ouïe et le regard à cette femme si vive et vivante, si attachante et éblouissante.

Barbara séduisait. Barbara aimait séduire. Barbara était la séduction même. Et quand bien même Barbara était belle, la séduction n’est pas affaire de beauté. Ou de tellement plus. Barbara était un aimant, elle qui eut tant d’amants. Cette exposition est une réussite en cela qu’elle ne se contente pas d’être une somme d’archives, de sources audiovisuelles, de documents rares, voire inédits (lettres, télégrammes, enregistrements sonores, costumes de scène…). Cette exposition est une réussite en cela qu’elle transmet l’aura de la diva, son pouvoir de séduction absolument fascinant, la puissance de sa personnalité. Cette femme qui savait ce qu’elle avait à faire et qui le faisait, sans cesse se renouvelant, sans cesse prenant des risques, sans cesse aux prises avec le présent pour mieux tester, tenter, se mettre à l’épreuve du feu et ne pas s’endormir sur ses lauriers et la facilité. Avec elle, rien n’était jamais gagné d’avance, tout était à conquérir à chaque fois, chaque nouvel album, chaque nouveau concert. 

Scénographiée par un duo aguerri composé de Christian Marti et d’Antoine Fontaine (tous deux également décorateurs de cinéma), qui avaient déjà collaboré sur l’exposition "Brassens ou la liberté", l’exposition "Barbara" est somptueuse esthétiquement. On y longe de lourds rideaux de velours, on se love dans des alcôves, on prend des détours, on voyage sur place en une traversée qui reconstitue les étapes artistiques de la chanteuse et son nomadisme ancré dans les veines : des cabarets de Belgique aux cabarets de la Rive Gauche parisienne dont l’Ecluse dont elle fut une habituée, surnommée "la chanteuse de minuit", jusqu’aux grandes scènes parisiennes, Bobino et consorts. Et puis Précy-sur-Marne, sa maison, son antre où vie privée et travail se mélangeaient. La scénographie matérialise ces étapes en différents espaces dont une reconstitution du cabaret de l’Ecluse dans laquelle on peut prendre place et écouter la chanteuse autant que la regarder. Car Barbara avait développé un jeu de scène fantastique, maîtrisé et généreux, qui transportait son auditoire et l’exposition égrène des archives audiovisuelles de l’INA dont cette interview passionnante avec Denise Glaser dans l’émission "Discorama" où Barbara exprime son rapport à la création et à la scène.

On découvre aussi ses engagements, auprès des autistes, des prisonniers, des malades du Sida, des prostituées. On découvre son écriture, claire et déterminée. Des dessins de sa main aussi. Et bien sûr on l’entend, sa voix inimitable nous suit tout du long, de chanson en chanson, autant que son visage décliné en de nombreux portraits en noir et blanc, graphiques et pénétrants, encadré, prolongé par ses mains souvent. Et l’on en revient aux mains, fil rouge de l’exposition, ses paumes qui recueillaient la présence-présent du public, tout en donnant tout. Sa vie en offrande. "Ma plus belle histoire d’amour c’est vous" chantait-elle. Barbara vivait dans l’amour, par et pour l’amour. Elle en eut de nombreuses, passionnées, déchirantes, intenses. Barbara vivait en grand. Et cette exposition presque tactile, sensuelle même, nous le rend bien.

A la Philharmonie, en ce moment-même, il y a l’âme de Barbara qui infuse dans tout, partout, sans jamais pourtant se dévoiler entièrement. Tout donner et garder son mystère. C’est aussi l’entreprise de cette exposition conçue par la commissaire Clémentine Deroudille. Il ne fallait rien de moins que cette personnalité passionnée pour oser exposer l’inexposable, une chanteuse en perpétuel mouvement. Clémentine Deroudille l’a fait et l’on sent son élan autant que celui de sa muse. Bravo.


Par Marie Plantin

Barbara
Du 13 octobre 2017 au 28 janvier 2018
A la Philharmonie de Paris
221 avenue Jean Jaurès
75019 Paris
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