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Banquet de noce burlesque au Théâtre de Paris

Joué un mois au Rond-Point la saison dernière, récompensé par deux prix aux Molières, “Le Banquet” a monté son chapiteau de toile blanche au Théâtre de Paris pour que vivent plus longtemps les festivités de ce mariage printanier qui tourne à la catastrophe généralisée... et à l’hilarité du public.
On doit ce spectacle drôle et fringant porté par une panoplie d’interprètes croustillants à Mathilda May qui, après une carrière d’actrice bien fournie, surfant sur les registres du théâtre, du cinéma et de la télévision, se lance dans l’écriture et la mise en scène depuis quelques années, remportant un franc succès et affirmant un sacré sens de l’observation couplé à un sens du burlesque aiguisé jusqu’à la moelle. Après “Open Space”, “Le Banquet”, sa nouvelle création d’abord présentée au Théâtre du Rond-Point la saison dernière, se taille la part du lion en jouant les prolongations dans la grande salle du Théâtre de Paris, écrin de rêve pour un spectacle qui déjoue la bienséance et les codes comportementaux pour mieux traquer nos ridicules, nos bassesses, nos dérapages et au-milieu du désastre, nous révéler nos fulgurances, nos ressources cachées et notre capacité à nous serrer les coudes dans l’adversité. Mais n’allez pas imaginer un spectacle moralisateur, que nenni, “Le Banquet” se passe de tout langage et c’est la première de ses audaces. Aucun mot identifiable ne sort de la bouche de ce groupe d’individus réunis pour un mariage. Hauts en couleur, les personnages ne communiquent que par borborygmes, une sorte de “grommeleu” clownesque qui fait mouche, mais c’est surtout leur corps qui nous en dit le plus, véritable mine d’expressivité que Mathilda May sait mettre en jeu et chorégraphier avec talent, que ce soit dans le détail de chaque personnage ou les tableaux d’ensemble. Car c’est un spectacle qui puise à la source des techniques de clown et du burlesque qu’elle orchestre allégrement en n’y allant pas de main morte.

L’intrigue est assez simple et circonscrite, elle se déroule en un même lieu et une même soirée, le mariage de deux tourtereaux jeunes et beaux. Les invités, famille et amis, sont au rendez-vous, prêts à célébrer l’amour, à s’en donner à coeur joie, à boire jusqu’à plus soif, se remplir la panse et entrer dans la danse. Tous les poncifs et passages obligés sont là : la robe choucroute, le bouquet, les nappes blanches et la tente, le discours rasoir du père, le diaporama qui retrace la jeunesse du futur mari, le DJ ringard, le photographe officiel qui se prend pour un  photo-reporter, la pièce montée, le mari déjà volage, l’ex qui vient rôder et tenter de récupérer la mariée… et Mathilda May s’en empare pour jouer d’emblée la carte de l’extrême. Elle pousse chaque situation jusqu’à son paroxysme et n’hésite pas à mettre les pieds dans le plat en saccageant avec malice la noce jusqu’à en faire un carnage dans les règles de l’art, un désastre généralisé sous le signe de l’effondrement d’un certain état civilisé au profit du retour du refoulé, des bas instincts et des désirs  lubriques. Bienvenu au royaume des animaux ! Ici on ne s’entretue pas mais presque, sang et vomi coulent à flot, presque autant que le champagne. La robe de la mariée ne reste pas longtemps immaculée, régulièrement souillée au cours de la soirée, à l’image de la fête qui tourne au fiasco. Et pourtant l’on danse sur des airs de country endiablés, les dames y vont de leur numéro sexy en petite tenue affriolante pour émoustiller la galerie, on s’embrasse à tout va, ivre de la joie d’être ensemble. Et puis, on se rencontre, on se trompe, on se surveille, on se jalouse, on se laisse aller, l’alcool aidant, à toutes formes d’impudeur.
On est soufflé par l’audace de Mathilda May à tenir de bout en bout un huis clos choral et muet, à faire confiance aux corps et aux visages pour porter en eux tout le sens du spectacle, à diriger un ballet d’allées et venues, de scènes qui s’enchaînent sur un tempo qui jamais ne tarit et à donner la part belle à une ribambelle d’interprètes (dix, la plupart cumulant deux rôles avec virtuosité).

On en profite pour saluer le talent époustouflant de deux nouvelles recrues, Brigitte Faure et Anna Mihalcea qui partageaient déjà la scène cet été à Avignon dans le formidable “Les Filles aux Mains Jaunes” mis en scène par Johanna Boyé, et intègrent depuis janvier la distribution haut de gamme de ce spectacle réjouissant. Autant dire qu’elles se taillent en souplesse leur part du gâteau, ou plutôt de la pièce montée, avec un panache indéniable.

Par Marie Plantin

Le Banquet
Au Théâtre de Paris
15 Rue Blanche
75009 Paris
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