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Bain de contre-culture avec Hey ! chez Arts Factory

La Revue Hey ! s’expose chez Arts Factory et nous prouve une fois de plus que le beau est TOUJOURS bizarre.
A l’occasion de la sortie du n°29 de la revue, Hey ! s’installe chez Arts Factory pour une expo-vente foisonnante qui met sur le devant de la scène l’art pop outsider dans toute sa miraculeuse diversité. Dessin, BD, encre de chine sur parchemin, sérigraphies, gravures, tatouages, aquarelles, affiches, installations, sculptures à base de matériaux divers… les supports et les techniques utilisées par les artistes exposés sont pléthores, sans frontières, dans une exploration de la forme chaque fois saisissante. De même, les motifs et sujets, le plus souvent figuratifs, sondent les tréfonds de l’imaginaire, inventent des forces obscures, des créatures chimériques étranges et inquiétantes, des hybridations saugrenues, des alliances et des alliages imprévisibles, des grands écarts radicaux.

Car Anne & Julien, les commissaires de l’exposition, à qui l’on doit la singulière revue d’art Hey ! Modern Art et Pop Culture, qui n’a pas son pareil dans le domaine, ainsi que les expositions attenantes, trois volets présentés à la Halle Saint-Pierre ces dernières années (en 2011, 2013 et 2015), et Tatoueurs, tatoués au Musée du Quai Branly (2014-2015), n’ont peur de rien, font confiance à leur flair et à leur expérience, et défendent bec et ongle quantité d’artistes de la marge, loin de la lumière des projecteurs, loin de l’académisme envahissant, loin de la norme culturelle habituelle, des artistes au contact de leur instinct et de leur inconscient mais pas indisciplinés pour autant, faisant preuve d’une maîtrise technique admirable quel que soit leur terrain d’action. Passionnés qu’ils sont par la richesse et la dynamique créative qui existe belle et bien malgré tous les discours pessimistes, Anne et Julien défrichent, découvrent, accompagnent, soutiennent, avec une curiosité insatiable et un engagement total.

Ce qui caractérise globalement une ligne Hey ! si l’on peut dire, c’est ce phénoménal foisonnement de détails, la minutie de chaque réalisation, le remplissage de la surface mise en jeu et la puissance d’imagination qui se dégage de chaque œuvre. L’enfance et l’animalité sont récurrentes, un certain penchant pour le macabre également, les mix tous azimuts, les univers troubles et troublants, voire carrément inquiétants, un goût pour le surréalisme, le psychédélisme, l’onirisme, la rencontre du cauchemar et du conte de fée, la forte influence de la BD, des arts graphiques et du tatouage qui vient irriguer les sources d’inspiration et puis l’inconscient, moteur de l’imaginaire, des obsessions de chacun, des télescopages incongrus, voire déstabilisants.

Hey ! a pour autre particularité d’être international, donc sans frontières. Les artistes soutenus et fédérés viennent du monde entier, ce qui créé une cartographie sans précédent de la création contemporaine en matière d’art brut, d’art outsider, de contre-culture et de pop culture. Un véritable balayage qui va dénicher la création dans ses recoins les plus invisibles et défie l’art traditionnel, officiel, le rapport à l’Histoire de l’Art et à ses institutions. Ce que Anne & Julien mettent à jour c’est une création souterraine extrêmement dynamique. Grâce à leur travail remarquable, Hey ! devient presque un label, un gage de qualité et d’authenticité, une communauté où cohabitent des artistes d’horizons divers, aux esthétiques uniques. C’est une nouvelle page de l’Histoire de l’Art qu’ils écrivent, celle d’un art populaire qui ne s’encombre pas du passé, en joue éventuellement.

Chez Arts Factory, bien entendu, la sélection est moins abondante qu’à la Halle Saint Pierre, faute de place. Mais l’enjeu est là. Si la revue est une fenêtre ouverte, en format papier, sur des propositions esthétiques multiples, un accès à l’art via une publication trimestrielle permettant la découverte d’artistes hors des sentiers battus, l’exposition est un moyen de supprimer l’intermédiaire et de revaloriser le contact direct entre le spectateur et les œuvres. Et l’effet est évident. Les impressions, sensations, émotions que génèrent les œuvres sont décuplées dans le rapport de proximité. Les univers, les matières, les références interagissent entre eux, créant des effets de résonances et d’échos, tout en mettant en évidence la singularité de chaque regard. Les créatures mi-humaines, mi-volatiles de Murielle Belin, femmes-oiseaux ou autres chimères étranges, dialoguent avec les personnages hybrides de Madmeg à l’encre de chine sur parchemin ou la tribu de sculptures d’enfants à masques de lapin de Paul Toupet, des pièces fascinantes et dérangeantes. Les grands formats d’Erdeven Djess, surprenants patchworks au stylo bille font face aux formats paravents de Mikaël de Poissy qui mélangent motifs d’estampes japonaises et figures religieuses de vitraux dans une harmonie étonnante. On pourrait en citer bien d’autres encore, tant chacun mérite qu’on s’y attarde.

Mieux vaut aller voir de vous-même, car à chacun de faire son chemin dans cet accrochage passionnant, en fonction de ce qui vous attire, vous rebute, vous tape dans l’œil, vous remue. On ressort de là des images plein la tête, qui viennent se télescoper les unes les autres et ouvrir des horizons, des mondes, des visions, loin du tout lisse, du tout mou, de la moyenne. Ici on célèbre les gestes artistiques forts, les anticonformistes et les extrêmes, les outsiders de tous poils. On respire quoi.

Merci qui ? Merci Anne & Julien et merci Arts Factory !

Par Marie Plantin

Hey ! Gallery Show
Du 17 mars au 22 avril 2017
Chez Arts Factory
27 Rue de Charonne
75011 Paris