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Avec le Fashion Freak Show, Gaultier réalise un rêve de gosse et nous en met plein les yeux

Jean Paul Gaultier investit les Folies Bergères avec un spectacle drôle et flamboyant à son image et c’est une cure de jouvence, un bain de bonheur, une immersion tête la première dans son univers espiègle et décadent, juvénile et chatoyant.
Il en rêvait. Il l’a fait. Créer un spectacle pour les Folies Bergères, un cabaret qui serait sa vie passée en revue, une revue justement, dans laquelle les étapes importantes de son parcours, personnel et artistique - les deux étant indéfectiblement liés, il nous le prouve -, seraient revisités en cabotinage, en danse et en musique. Bref, un show à son image, inventif, festif, ludique et trempé dans l’humour, la plus belle des qualités de Gaultier, celle qui innerve chacun de ses défilés en plus d’une créativité débordante comme jamais. Car si le père du sous-tif conique et autres pièces iconiques appartient au petit ilôt de la mode, le théâtre ne lui est pas étranger pour autant, lui que l’on repère régulièrement dans les rues du Festival d’Avignon, spectateur familier du spectacle vivant, collaborateur occasionnel de chorégraphes en vue comme Régine Chopinot et Angelin Preljocaj. Mais là, on l’attendait au tournant, car pour le moment la galaxie Gaultier tournait autour de la mode et de ses produits dérivés, accessoires et parfums. Mettre en scène est une première pour le créateur, un pas de côté, un joli défi à saluer. Et Jean Paul Gaultier s’en sort avec un sacré panache il faut l’avouer. Il sait ce qu’il veut et ce qu’il fait et ça se voit, il sait s’entourer et ça se sent, il sait mener une troupe et aller au bout de son envie, concrétiser un vieux rêve vivace et transposer le foisonnement de ses idées en réalité scénique délectable.

C’est avec l’aide complice de la réalisatrice Tonie Marshall (auteur du documentaire “Les Falbalas de Jean Paul Gaultier”) à la mise en scène, de Marion Motin à la chorégraphie, de la chanteuse Demi Mondaine à la musique live, qu’il endosse son nouveau rôle de chef d’équipe et réunit un casting de haute volée, une galerie d’interprètes sensationnels, beaux à se damner, doués et pêchus, largement transdisciplinaires, venus du voguing, du strip-tease, de la mode, de la danse, du cirque, du music hall. A l’aise dans tous les registres, ils jouent, dansent et défilent avec le même aplomb et le même sens du show. Les tableaux défilent, on revit l’étincelle qui a allumé la flamme de la vocation chez le jeune Jean Paul, le film “Falbalas” de Jacques Becker, on s’amuse de ses facéties d’enfant affublant son ours en peluche d’une paire de seins pointus (déjà !), on traverse les années 80, l’amour, le sida, Act Up et ses actions tonitruantes, le Palace, les back rooms londoniennes, le premier défilé, les blousons de cuir sur tutu de tulle, les mannequins décomplexées, souriantes et puissantes… C’est un melting pot de scènes chronologiques mais pas plan-plan, un livre d’images kaléidoscopiques où s’invite en vidéo une joyeuse bande de guests inénarrables (Rossy de Palma, Micheline Presle, Catherine Ringer, Antoine de Caunes, j’en passe et des surprises). C’est tout une époque que l’on revit en fin de compte, dans cette énergie débridée qui est celle de Jean Paul Gaultier. Ses collaborations (avec Madonna, Mylène Farmer entre autres), ses inventions, sa truculence et cet humour qui l’habille et lui va comme un gant. Gaultier est aussi de la partie mais pas au plateau. Il s’adresse à nous à l’écran et franchement, on l’écoute béatement.

Voilà un spectacle confettis et paillettes qui ne s’adresse pas qu’aux midinettes, c’est un show où le freak est roi, où le freak est chic, où le freak c’est toi et moi pourquoi pas. Car la mode prônée par Gaultier (inutile de préciser que les costumes sont waouh, tellement sexy, créatifs en diable, romantiques et urbains, accouchés dans la joie c’est certain), c’est la liberté d’être soi, de se sentir ballerine en marinière, féministe en corset, femme de tête en robe de crêpe, vamp ou madone selon l’humeur, l’humour et la saison. De changer de rôle en changeant de costume et d’en changer souvent car c’est dans le mouvement que la mode prend vie pleinement. Jean Paul Gaultier a tout compris, lui qui a gardé intacts fraîcheur et bagout, ce n’est pas une leçon de vie de vieux sage qu’il nous impose, c’est une invitation joyeuse et délurée à nous dévêtir de nos complexes et idées reçues sur la beauté, une envie pleine et sincère de partager. On prend, on profite à fond et on arrête de se poser mille questions !
 
Par Marie Plantin

Fashion Freak Show
A partir du 2 octobre 2018
Aux Folies Bergères
32 Rue Richer
75002 Paris
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