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A la Commune, l’une danse, l’autre parle

C’est un duo qui se joue actuellement en tant que “Pièce d’actualité n°12” au Théâtre de la Commune. La rencontre scénique entre une rappeuse et une danseuse, orchestrée par Marion Siéfert qui affirme définitivement un style, un ton, et surtout, une intelligence vive.
Après “2 ou 3 choses que je sais de vous”, sur la galaxie Facebook et l’intime qui s’y joue, après “Le Grand Sommeil”, portrait d’une enfant grande qui n’épargne pas les adultes, Marion Siéfert continue sur sa lancée en flèche et celle que nous connaissions surtout sous sa facette d’auteur et théoricienne, se révèle sans conteste une metteuse en scène sur laquelle il va falloir compter. Dans le cadre de son statut d’artiste associée à la Commune et dans le contexte des Pièces d’actualité initiées par le théâtre, elle crée “Du SALE !”, un duo danse hip-hop / rap avec deux jeunes filles de caractère, totalement complémentaires. L’une danse et ouvre le bal en silence, l’autre rappe et l’ouvre grand. On dirait le titre d’un film d’Agnès Varda, “L’une chante, l’autre pas”, qui croquait son époque et plaçait les femmes au cœur de son cinéma. Marion Siéfert s’inscrit aussi pleinement dans son temps. Son théâtre se méfie des catégorisations hâtives et rassurantes, il bouscule les normes formelles, donne la parole à la jeunesse, à des femmes mordantes, des individualités puissantes, des artistes singulières, un brin borderline même, irrésistiblement attachantes. Que ce soit Helena de Laurens dans sa précédente création ou les deux indomptables de “Du SALE !” qui sont comme un cheveu sur la soupe, deux échappées d’un autre monde, la planète rap et la planète hip-hop, réunies par la grâce d’une metteuse en scène tout autant instinctive que réfléchie, les choix de casting de Marion Siéfert sont percutants et sa méthode de travail, qui inclut de façon concrète et sincère la rencontre au cœur de son processus artistique et tient compte ouvertement des personnes qui s’engagent à ses côtés dans la création sans plaquer critères culturels ou fictions pré-écrites, s’en ressent fortement dans le résultat final, poreux, sur le fil, inattendu et surprenant.

Au début de “DU SALE !” était le geste, celui de Janice Bieleu, danseuse à peine majeure, pratiquant le popping et le Lite Feet, ce qui, pour les béotiens, ne signifie pas grand chose on l’admet. Grossièrement, des danses dérivées du hip-hop. Janice est là d’emblée, assise au fond du plateau vide, cintres apparents, cage de scène entièrement offerte au regard, comme pour mieux affirmer la transparence d’un théâtre qui n’est autre que le miroir du réel, son émanation directe. Pas de musique. Le geste à nu, la respiration audible. Les mouvements sont à la fois fluides et saccadés, d’une douceur surprenante dans le registre du hip-hop. La danse prend l’espace, se déplace avec ampleur, irradie le visage de la jeune danseuse, littéralement. Puis c’est Laetitia Kerfa, aka Original Laeti, qui déboule du public pour s’emparer de la scène, micro en main. Laetitia l’originale rappe comme elle parle, elle y parle d’elle et des autres possibles qui l’habitent. Tempérament musclé, passé corsé, elle pose les choses sans détour : “C’est pas normal que je sois là”. Mais ça ne l’empêche pas de s’exprimer, de dire ce qu’elle pense, de raconter des anecdotes qui n’en sont pas, qui sont des symptômes sociaux, elle parle de sa vie et de la violence, elle cite “Pretty Woman” aussi bien que “Macbeth”, elle mime les hommes dans le métro et elle est hilarante, elle parle de son père et elle est bouleversante.

Marion Siéfert a déniché deux diamants bruts, des joyaux ces filles, aux énergies radicalement antithétiques, des personnalités comme on en voit trop peu sur nos plateaux. Elle leur écrit une partition sur mesure tout en les décentrant, elle tresse leur corps et leur voix, elle fabrique un théâtre pauvre, au sens de peu de moyens, un théâtre qui fait un pas de côté et prouve que rap et hip-hop portent en eux un potentiel scénique inouï. Un théâtre riche de la confrontation de leurs univers respectifs, un théâtre poreux qui bouge les lignes et donne forme à une matière chaotique sans pour autant l’assainir et la lisser. Avec trois spectacles à son actif, on peut déjà identifier ce qui fait la patte de Marion Siéfert, l’adresse public, un goût prononcé pour l’irrévérence, et cette façon bien à elle de travailler une matière première prélevée dans le réel, dans l’époque. 

Marion Siéfert est dans la place et gageons qu’elle y sera longtemps.

Par Marie Plantin

Du Sale
Du 13 au 24 mars 2019
A la Commune
2 Rue Edouard Poisson
93300 Aubervilliers

Du 5 au 7 avril 2019
A Nanterre-Amandiers
7 Avenue Pablo Picasso
92000 Nanterre
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