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Variété ressuscite l’émission de Denise Glaser avec grâce et liberté

Du 20 au 22 novembre, la Pop accueille "Variété", un trio délicieux porté par Sarah le Picard, Anne-Lise Heimburger et Florent Hubert, s'inspirant de l'émission "Discorama" présentée par Denise Glaser dans les années 60 et faisant la part belle à la chanson française.
C’était hier. Il faisait gris, il pleuvait, j’avais mis mes bottes, mon bonnet et mon caban marin pour résister à l’humidité ambiante, celle, tenace, qui vous glace les os et dont on ne sait comment se débarrasser. Sur le chemin de la Pop en après-midi, je pensais au soleil, à sa chaleur, à sa lumière, et j’essayais mentalement d’en raviver l’ardeur derrière mes yeux aussi mouillés que le ciel, le sol, le canal sinuant à mes côtés. Au fond, je crois que j’étais aussi triste que le temps. J’ai la faculté particulière et sincère de m’accorder à mon environnement. 

Et me voilà rendue au niveau du 61 Quai de la Seine. Là où La Pop, péniche en forme de caisse de résonance du théâtre contemporain, est amarrée. Un mouchoir de poche, une boîte à créations miniatures toujours percutantes, une cale bordée de hublots, un petit pays dans Paris. S’y prépare activement “Variété” spectacle harmonieusement composé de trois personnalités liées à la Vie Brève, collectif d’artistes de la scène enthousiasmant. Première, mercredi. Autrement dit, demain. Ambiance fébrile mais pas tendue. Chacun gère sa partition et tout le monde gère un peu tout. Moi je joue à la souris. Je viens voir, en amont, ce qui se trame avec ce projet consacré à Denise Glaser et son émission Discorama, qui fut, de 1959 à 1974, un rendez-vous incontournable du paf pour les français amateurs de chansons à texte. 

Sarah le Picard orchestre la mise en scène et interprète l’animatrice admirée, célèbre pour ses tenues élégantes, ses silences pénétrants, ses questions toujours fines et bien senties, son engagement aussi, et puis ses invités, accueillis à l’orée de leur carrière, accompagnés au fil du temps - Barbara, Brel, Gainsbourg, Moustaki, Ferré, Ferrat, Ferrer, Dassin, Samson et tous les autres, nombreux et variés. Pantalon crème rehaussé d’une large ceinture noire, manteau du même ton, cintré à la taille, talons chics et argentés, la comédienne porte à merveille, sans chercher, ni à l’imiter, ni à lui ressembler - ce n’est pas le propos - le souvenir de cette figure médiatique chic qui aura marqué une génération de téléspectateurs et d’artistes. Anne-Lise Heimburger et Florent Hubert l’accompagnent avec panache sur la petite scène transformée fidèlement en plateau de télévision immaculé avec ses trois projecteurs sur pieds, marque de fabrique de l’émission. Anne-Lise Heimburger, alias Véronika May, en chanteuse de variété que l’on suivra au fil des années qui passent, des mouvements sociaux (Mai 68 passe par là) et de sa propre émancipation féministe et artistique. Florent Hubert, alias Claude Léveiller, au piano et pas que, homme à tout faire accompagnant au clavier et au plateau, vérifiant les cadrages caméra, interlocuteur privilégié de Mlle Glaser, homme de l’ombre plein de rêves de composition lui aussi.

Tous les trois, ils sont délicieux, chacun tient son personnage avec subtilité et assister à ce bal d’interviews en avant-scène est une réjouissance augmentée de tous les à-côtés, les hors champs, les ratés, les raccords, les saillies d’intimité et les temps de vie intérieure, les envolées lyriques et les rêveries mélancoliques qui viennent faire le contrepoint à la légèreté de la variété, à sa vocation divertissante, pour en extraire le sel de gravité, “l’humeur verte”, le blues existentiel et les chagrins d’amour cachés derrière mélodies et paroles entêtantes. Le temps passe, une époque chasse une autre au rythme des changements de chemise de Denise, toujours sur son 31.

“Variété” s’il reprend tous les codes de l’émission Discorama, n’en est pas une réplique documentaire mais bel et bien une fiction documentée, ce qui a son importance dans la différence. Nos trois compères se sont abreuvés à la source des archives existantes pour inventer leur propre récit, cette interview au long cours entrecoupée de parenthèses imaginaires où sourd la solitude de chacun et créer ce personnage croustillant de chanteuse qu’Anne-Lise Heimburger façonne avec la liberté et l’étendue de sa palette, de jeu et de chant. Et quand elle pousse la voix, en duo avec Florent Hubert au piano, on en frissonne d’émotion (on a oublié depuis longtemps le froid et l’humidité extérieure de toute façon).

Au-delà d’une émission des années 60 que “Variété” vient ressusciter en un hommage espiègle et ludique sans être nostalgique, c’est la résonance d’une époque révolue qui se ravive, une époque en pleine mutation dont les chansons se faisaient le reflet en un paysage musical éclectique personnifié par ses figures emblématiques. Et cette façon de parler, précise, délicate, cette langue châtiée dans laquelle exprimer au plus près émotions et pensées. “Variété” s’en fait l’écho avec brio. 

Il fait nuit noire quand je rejoins la terre ferme ce jour-là et il n’est pas encore 18h. L’automne, il faut s’y faire. Mais avec des propositions comme celle-ci, qui font rimer variété avec sensibilité, c’est plus léger qu’on repart, et l’on se surprend à fredonner, dans le secret de l'obscurité, “je m’en fous pas mal du grand amour”.

Par Marie Plantin

Variété

Du 20 au 22 novembre 2019
A la Pop 
Péniche amarrée face au 61 Quai de la Seine
75019 Paris

Dans le cadre du Festival BRUIT
Du 14 au 16 janvier 2020
Au Théâtre de l'Aquarium
Cartoucherie
Route du Champs de Manœuvre
75012 Paris