Actualités
mardi 16 janvier 2018
Huit jours pour plonger dans le monde du cocktail grâce à la Paris Cocktail Week
 
Actualités
mardi 16 janvier 2018
Pedro Soler et Gaspar Claus en duo
 
Actualités
lundi 15 janvier 2018
Découvrir Paris et sa région autrement avec Paris Face Cachée
 
Actualites

Les Grands ensembles vus par la Compagnie Légendes Urbaines

La Compagnie Légendes Urbaines vient présenter sa dernière création dans le cadre du Festival Impatience, au Cent-Quatre. L’occasion de découvrir une compagnie qui inscrit sa pratique au cœur de la cité, en interrogeant au plus près l’environnement dans lequel nous vivons.
La Compagnie Légendes Urbaines aime les titres à rallonge, parce qu’ils ouvrent vers des récits infinis, comme s’ils ne s’arrêtaient jamais. La Compagnie Légendes Urbaines aime les titres à rallonge qui résonnent comme des énigmes, des curiosités, des appels d’air. La Compagnie Légendes Urbaines aime les titres-phrases avec leur architecture serpentine et leur mouvement mélodique. La Compagnie Légendes Urbaines porte bien son nom, elle qui s’intéresse de près (dans la pratique, le réel, le concret, le présent) et de loin (la documentation, la réflexion, l’Histoire) à l’au-delà du périph, la banlieue comme on l’appelle, avec ses cités, ses grands ensembles, ses zones dites à risque. La Compagnie Légendes Urbaines s’intéresse à la sémantique aussi, aux mots que l’on donne aux choses et à ce qu’ils signifient, leur connotation, leur portée imaginaire.

Après "Comme j’étais en quelque sorte amoureux de ces fleurs-là", qui s’interrogeait sur cette fameuse ligne de démarcation entre Paris et sa banlieue, cette frontière poreuse ou imperméable selon les cas et les points de vue, ce sas, zone de passage, dans un sens ou dans l’autre, David Farjon, directeur artistique de la compagnie, continue son exploration périurbaine, entouré de deux acolytes, Paule Schwoerer et Sylvain Fontimpe. Le spectacle, à l’instar du précédent, se construit comme une enquête, nourrie de sources documentaires, d’archives, de traces historico-sociologiques, et d’une mise en situation de nos trois compères, qui n’hésitent pas à aller à la rencontre de la réalité, celle des habitants, pour mieux envisager leur sujet sous divers angles. C’est ainsi qu’ils se frottent à la question tout autant architecturale que sociologique des grands ensembles, donnant à entendre la parole de ceux qui les ont conçus (la phrase titre a été prononcée par l’architecte Emile Aillaud, auteur de la grande borne de Grigny ou encore des Courtillières à Pantin) autant que de ceux qui y habitent. Il résulte de ce va-et-vient de points de vue, associé à leur réflexion collective, un spectacle en mouvement permanent, qui met en scène la quête elle-même, parvient à aborder un vrai sujet historique et de société sans tomber dans le didactisme, à faire théâtre de leur recherche.

La scénographie, simple, mobile et manipulable, est intelligente, les trois comédiens sont impeccables, on les sent engagés, sincères et actifs de leur propre rôle, et le trio fonctionne en un équilibre idéal dans un rapport de grande proximité avec le public qui fait sens dans la cohérence de l’ensemble, de ce théâtre "environnemental" qui place le spectateur non pas "en face" mais "avec", dans une démarche citoyenne autant qu’artistique. Car il s’agit bien de théâtre et le caractère éminemment instructif et documentaire de l’affaire n’exclut pas l’irruption de l’humour et d’un imaginaire qui parvient à s’échapper de l’aspect terre à terre du sujet. En fin de compte, ce que les trois acteurs nous donnent à voir et à entendre, c’est une polyphonie de paroles et de regards qui miroitent les unes par rapport aux autres pour mieux questionner les enjeux (politiques, économiques, sociologiques, humains, urbains…) de ces constructions issues des grands chantiers urbains d’après-guerre, parties prenantes de l’Histoire de notre pays. Une proposition théâtrale qui ouvre des horizons de pensée. Plus jamais nous ne regarderons les grands ensembles de la même façon.

Par Marie Plantin

Ce que je reproche le plus résolument à l’architecture contemporaine c’est son manque de tendresse
Du 12 au 14 décembre 2017
Au Cent-Quatre
5 Rue Curial
75019 Paris
Réserver cet évènement