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Le MAIF Social Club interroge notre rapport à l’engagement aujourd’hui

Avec “Causes toujours !”, sa dernière exposition en cours, le MAIF Social Club propose une exploration de la mécanique d’influence des réseaux sociaux sur notre engagement et confronte le virtuel au “IRL” (“In Real Life”). A partir de six mots clés qui constituent les portes d’entrée de chaque réflexion sont proposées pour chaque thème trois regards : artistique, médiatique et sociologique.
Les expositions du MAIF Social Club tapent toujours dans le mille car elles ont pour mission de réfléchir à chaud des enjeux capitaux de notre société via des thématiques abordées par des artistes qu’AnneSophie Bérard, commissaire éclairée et passionnée, sélectionne toujours de façon judicieuse et engagée justement. Cette fois, ayant fait le choix de ne pas se contenter uniquement d’un traitement artistique du sujet, étant donné sa portée sociologique intrinsèque, elle s’associe à Laura Encinas, directrice de l’innovation éditoriale chez Usbek & Rica, magazine trimestriel unique en son genre dédié à l’exploration du futur, et adjoint aux œuvres présentées des exemples de cas médiatiques emblématiques ainsi que des prises de paroles d’experts tels Michel Serres, Bernard Stiegler, Michaël Stora, Isabelle Delannoy… Une façon de multiplier les points de vue, de les mettre en regard pour mieux diffracter la réflexion, d’augmenter les prismes pour offrir aux visiteurs un jeu de ricochets enrichi. Six hashtags organisent le parcours de l’exposition ingénieusement scénographiée par 5.5 Paris, comme les cailloux du Petit Poucet pour retrouver notre chemin dans la jungle de la toile, des mots-clés qui viennent ouvrir des champs pour mieux penser notre propre rapport à l’engagement et nous interroger sur nos propres usages des réseaux sociaux : #Fiabilité, #Pérennité, #Implication, #Viralité, #Mobilisation, #Responsabilité.

L’écrit est très présent dans cette exposition qui appelle à la lecture de nombreux textes la jalonnant, cartels explicatifs, textes de penseurs et compte-rendus d’exemples médiatiques significatifs. Mais c’est paradoxalement une vidéo sans parole qui a retenu toute notre attention et notre principal intérêt, qui nous a bouleversé en fait. Intitulée “Elan et Elégie”, cette œuvre de Lorena Zilleruelo s’active à notre contact et nous happe dans l’immédiateté de sa présence, de sa dense sobriété, de sa douce frontalité. Projetée à hauteur humaine, la vidéo nous fait face et c’est en s’en approchant qu’elle se met en marche au sens littéral du terme puisqu’elle représente une foule d’hommes, femmes et enfants marchant au ralenti, qui s’avance vers nous, incroyablement intense dans sa verticalité puissante, son pas à l’unisson. Produite par Le Fresnoy, cette installation vidéo créée en 2009 est non seulement d’une maîtrise technique parfaite, esthétiquement superbe dans ses teintes camel et l’harmonie de son mouvement d’ensemble, mais en plus dotée d’une profondeur inouïe dans ses réseaux de résonance symboliques.
Inspirée du tableau d’un peintre italien, “Il Quarto Stato” de Giuseppe Da Volpedo, datant de 1901 et représentant une grève de travailleurs (“Il Quarto Stato” signifie “Le Quart-Etat” en référence au Tiers Etat de l’Ancien Régime et désigne la classe ouvrière), la vidéo de l’artiste chilienne Lorena Zilleruelo fonctionne comme un palimpseste, elle n’est pas la reproduction exacte du tableau mais en garde la trace proche et lointaine, la composition générale, la structure et la masse de la foule, son ambiance chromatique en dégradé de bruns. Mais elle rétablit l’équilibre hommes/femmes à la mesure de notre époque et surtout lui insuffle le mouvement. Un mouvement lent, presque immobile mais déterminé et inexorable au point qu’il semble que rien ne pourrait l’arrêter. Au mouvement de la marche, elle associe le son, deux bandes musicales en alternance, légères et prégnantes à la fois, un canon à la contrebasse superposant plusieurs lignes mélodiques et une voix d’enfant fredonnant. Car Lorena Zilleruelo est née au Chili pendant la dictature et les chants révolutionnaires ne se chantaient pas à tue-tête vu le contexte. Dans le bureau de son père syndicaliste, accroché au mur, la reproduction en affiche du tableau de Giuseppe da Volpedo, utilisé au Chili pour illustrer “la matanza de la escuela Santa Maria de Iquique”, tristement célèbre massacre de mineurs en grève par l’armée chilienne en décembre 1907. 
Arrivée en France à 18 ans, Lorena Zilleruelo fait l’école d’art de Grenoble avant d’entrer aux Beaux-Arts de Cergy et d’intégrer le Fresnoy avec ce projet qui obtient à sa sortie les Félicitations du Jury. Cette image de son enfance, entrée dans l’imaginaire collectif de son pays via la pochette d’un disque sorti dans les années 60 (l’album comprenait une chanson narrant l’histoire de cette tuerie) indéfectiblement associée à l’activité militante de son père, la rattrape un jour via un livre déniché au hasard d’un vide-grenier. L’artiste plasticienne se plonge alors dans l’histoire de cette peinture italienne devenue partie intégrante de la culture populaire chilienne. Et décide de faire marcher l’image, comme pour prolonger la lutte, rappeler la force du collectif et interroger notre positionnement en face. Car il faut être actif, faire un pas en avant au sens propre du terme pour que le tableau vienne à nous dans son mouvement répétitif qui brave l’immobilité et l’immobilisme, et nous invite à nous (sou)lever pour la nécessité de causes toujours à défendre, à remettre en jeu au cœur de nos vies. C’est en banlieue parisienne, dans les Usines-Babcock désaffectées, ancien fleuron de la métallurgie au passé très engagé, que s’est organisé le tournage, chapeauté par le chorégraphe Jean-Marie Rase (ancien danseur de Maguy Marin). Les participants ont été réunis suite à des annonces disséminées dans la Courneuve.
Le résultat est une œuvre d’art assurément qui s’inscrit dans la lignée de la peinture de Giuseppe da Volpedo et lui donne vie à nouveau, ailleurs et autrement. “Elan et Elégie” nous dit alors en creux que la lutte n’a pas de géographie, qu’elle se cultive en toute terre, qu’elle naît du contexte d’oppression qui la génère et qu’elle nous appartient à tous, pourvu que nous nous levions et marchions pour nos valeurs et nos droits, contre l’injustice. L’œuvre de Lorena Zilleruelo porte en elle haut la main l’espoir et révèle une artiste à suivre de près. 

En entrée libre

Par Marie Plantin

Causes toujours !
Du hashtag à la rue
Du 4 octobre 2019 au 9 janvier 2020
Au MAIF Social Club
37 Rue de Turenne
75003 Paris
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