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Avec “Luce”, la Compagnie Marizibill fait des merveilles

Actuellement, le Théâtre Paris Villette, à la programmation solide et qualitative, présente “Luce”, un trio subtil autour de la différence, entre théâtre et marionnette, une création jeune public de la Compagnie Marizibill que l’on vous recommande chaudement. 
Au début était un tas. Un amas, un magma. Puis on distingue des jambes, des pieds, des bras, des mains, sans que l’on identifie à qui ils appartiennent. Car elles font corps l’une et l’autre. La mère et la fille. C’est sur cette image mouvante et troublante, l’enchevêtrement de deux corps féminins noyés dans les tissus du costume maternel, que s’ouvre “Luce”, petite merveille de spectacle jeune public s’adressant aux enfants sensibilisés à la lecture (donc à partir de 6 ans à peu près). Une image qui en dit long déjà, qui campe le décor et les enjeux du spectacle avant même que nous le découvrions. Cyrille Louge, à la tête de la compagnie Marizibill, a l’art de créer un théâtre visuel où le sens émerge du langage des corps et des tableaux en mouvement qu’il façonne avec peu mais infiniment de poésie. Pour “Luce”, il a puisé sa matière narrative dans le roman de Jeanne Benameur, “Les Demeurées”, qu’il transpose à la scène en une épure dramatique remarquable. Chaque intention de mise en scène relève à la fois d’une cohérence et d’une sensibilité qui laissent pantois d’admiration. Le récit est clair mais jamais appuyé, les personnages, s’ils sont des archétypes, ne sont jamais caricaturaux. Et la marge entre ce qu’il nous est donné à voir et à comprendre laisse au spectateur la possibilité de sa propre interprétation, celle de la divagation de son imagination.

Sans compter que l’esthétique du spectacle charrie sa propre puissance fantasmatique et onirique. L’usage des marionnettes qui font plus ou moins corps avec leur manipulateur, la marionnette devenant costume à part entière, permet d’explorer des thématiques chargées d’écueils (la fusion mère-fille, l’exclusion, l’isolement, la différence, l’ouverture aux autres, le rôle de l’école…) que le metteur en scène évite avec tact. L’enfant s’arrache à la mère encombrante et vulnérable pour découvrir le goût d’apprendre et de nommer le monde avec les mots. L’institutrice est le trait-d’union avec l’extérieur qui appelle et fait peur. La mère coud et couve. Luce est double, dédoublée entre la comédienne et la marionnette qu’elle porte sur son torse comme une carapace, à l’image de son écartèlement intérieur, ce conflit de loyauté qu’elle endosse, entre sa mère-maison et l’école-monde. Sur scène, les deux univers se dessinent en toute simplicité, la table du huis-clos, le tableau-écran de la classe et entre les deux le chemin, la route qui les sépare et les relie. Et l’on passe de l’un à l’autre via un plateau tournant qui nous entraîne dans sa ronde.

La musique qui accompagne l’ensemble est superbe, les marionnettes bouleversantes. “Luce” est une splendeur de spectacle jeune public qui viendra toucher les parents autant que les enfants et réhabiliter la puissance symbolique du théâtre quand il se défait de son ambition pédagogique pour mieux laisser parler la poésie. Certaines images de “Luce” laisseront, on n’en doute pas, des souvenirs indélébiles dans la tête des enfants et des émotions qui fleuriront et grandiront avec eux sur la durée. Au-delà d’un simple spectacle, “Luce” est une empreinte dans le cœur. Comment le dire autrement ?

Par Marie Plantin

Luce
Du 12 avril au 5 mai 2019
Au Théâtre Paris Villette
211 avenue Jean Jaurès
75019 Paris
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