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Marie-Céline Nivière, du Pariscope

En 1999, Wajdi Mouawad créait sa pièce « Littoral » au Théâtre 71 de Malakoff. On peut dire que ce lieu, dirigé par Pierre Ascaride, est le berceau français de cet auteur parmi les plus doués de sa génération. Dix ans plus tard, Wajdi recrée sa mise en scène pour l’intégrer à la trilogie « Le sang des promesses » qu’il a présentée au Festival d’Avignon. Aujourd’hui, il revient avec cette pièce, terminant un cycle. « Littoral » est une grande épopée dans laquelle sont réunis tous les ingrédients théâtraux, style, narration, imaginaire, qui ont créé cette grande histoire d’amour et de passion entre le public et cet auteur. On ne peut réduire le talent de Mouawad uniquement à la partie littéraire, tant la scénographie et l’intensité de l’interprétation des comédiens forment un tout. En perdant son père, Wilfrid va apprendre à vivre. Contre l’avis de tous, il décide de partir l’enterrer dans son pays d’origine. De cette contrée lointaine, dévastée par la guerre, il ne connaissait rien. En route, il va croiser d’autres blessés de la vie, retenus à l’existence par un cri de rage, de colère, de châtiment, de rédemption, d’amour. Wajdi Mouawad rappelle la force du passé, de la mémoire collective comme ciment de notre société. C’est la parole qui sauvera le monde et, pour ces jeunes gens, le théâtre. Une grande pièce du répertoire contemporain à ne pas manquer !

Marie Plantin, du Pariscope

Wajdi Mouawad n’est plus un inconnu. L’auteur-metteur en scène est même en quelque sorte « une star » désormais, dans un milieu théâtral qui en est plutôt avare. « Une star », le mot est discutable, et Wajdi Mouawad serait le premier à le récuser. Mais quand on voit l’engouement du public à chacune de ses pièces, les salles combles et les spectateurs debout pour l’ovationner, alors c’est ce mot qui vient à l’esprit. Et pourtant, quand Pierre Ascaride, le directeur du Théâtre 71 l’a accueilli pour la première fois dans son théâtre de Malakoff, en 1999, le nom de Wajdi Mouawad n’avait pas encore ce pouvoir exceptionnel de rassemblement. Son statut d’artiste associé au dernier festival d’Avignon a achevé de le porter au sommet. Celui de la reconnaissance critique et de l’appropriation du public. Car Wajdi Mouawad est désormais à tout le monde. Populaire, dans le sens le plus noble du terme. Après avoir présenté la trilogie du « Sang des promesses » dans la cour d’honneur du Palais des Papes, il reprend ici « Littoral », le premier volet. Une pièce de jeunesse qui explose déjà de la fougue verbale qui fait l’identité de l’écriture de Wajdi Mouawad. Une pièce qui respire l’urgence de dire et de jouer. Encore aujourd’hui. Recréé plus de dix ans après, « Littoral » raconte l’histoire d’un jeune homme en quête d’une sépulture pour enterrer son père. En cherchant une tombe, c’est à la rencontre de ses origines qu’il parvient. Une thématique identitaire chère à Wajdi Mouawad puisqu’elle est le ciment de toute son œuvre. Quant à la mise en scène, toute en fluidité, énergie généreuse et économie de moyens, elle est impressionnante d’ingéniosité et de justesse. L’utilisation de la peinture donne des couleurs à la douleur, et la flexibilité à passer d’un registre à l’autre (du dramatique au comique) en une pirouette, permet d’échapper au pathos qui pointe. On est pris dans un mouvement perpétuel qui décrasse les émotions et redonne tout son sens à la valeur cathartique du théâtre. On en sort paradoxalement vivifié.