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mercredi 12 février 2020
Un Roi du silence à la langue bien pendue
 
Corinne Denailles, du Pariscope

En avril 1945, Marguerite Duras tient son journal dans lequel elle décrit les jours d’angoisse à s’interroger sur le sort de son compagnon Robert Antelme, déporté à Dachau. Des pages que l’écrivain retrouvera des années plus tard et dont elle dira que c’est une des choses les plus importantes de sa vie. C’est ce « désordre phénoménal de la pensée et du sentiment », selon son expression, que l’incomparable Dominique Blanc fait entendre. Alors qu’elle reste à bonne distance de tout pathos par la sobriété de son interprétation et un ton qui rappelle celui de la voix intérieure du lecteur, l’intensité du regard, la nervosité et la tension du corps disent l’émotion, le désarroi, le doute, la peur mais aussi la rage de vaincre et de vivre. Le retour tant attendu est terrible et les jours qui suivent un cauchemar pour cet homme anéanti qu’elle va aider à reprendre vie. Un texte et un théâtre d’acteur bouleversants.

Dimitri Denorme, du Pariscope

Seule sur scène, tournant le dos à la salle, Dominique Blanc est là. Les spectateurs entrent, prennent place. La comédienne, elle, attend… Elle attend que les lumières baissent, que les discussions s'interrompent, que le silence s'installe pour débuter le récit autobiographique de Marguerite Duras sur l'attente de l'hypothétique retour, au printemps 1945, de Robert Antelme, son mari déporté dans un camp allemand. Sous une lumière blafarde, une rangée de sièges occupe un côté de la scène, une table avec une chaise l'autre côté. Des espaces distincts symbolisant les deux univers que côtoie alors Duras. La gare d'Orsay et la foule font face à la solitude de l'appartement et à l'attente. C'est avec le parti pris de la simplicité que Patrice Chéreau, avec la complicité de Thierry Thieû Niang, met en scène l'une de ses actrices fétiches. L'écrin dépouillé qu'il lui a offert est de toute beauté. Ici, le style est sec et brut. Et c'est précisément cette écriture si particulière qui nous enferme au cœur de son angoisse, de sa nervosité, de son épuisement tant psychique que physique. Dominique Blanc éclaire le texte de Duras comme une lumière qui s'élèverait au milieu d'un champ de consternations. Véritable soleil noir, c'est avec une force désespérée qu'elle nous transmet cette douleur durasienne. La comédienne n'est pas pour autant en démonstration. Bien au contraire, elle a choisi une certaine pudeur dans une parole démonstrative et poignante qui se suffirait à elle-même. La rage au ventre, évoluant sans cesse au bord du vide, Dominique Blanc fait résonner toute l'intensité de ce récit. On sort profondément troublé… Poignardé par le texte et bouleversé par la comédienne qui le magnifie.

Myriem Hajoui, du A nous Paris

Au seul énoncé des noms on pressent le truc formidable : Marguerite Duras (texte), Dominique Blanc pour l'interprétation, Patrice Chéreau et Thierry Thieû Niang aux commandes de la mise en scène, ce n'est pas rien. Le résultat est sidérant, par la puissance inextinguible des écrits qui nous sont donnés à entendre, leur pulsation intime. Une secousse émotionnelle. Pour s'atteler à l'un des textes les plus fulgurants de la littérature d'après-guerre, il fallait une artiste au-dessus du panier. Bonne pioche ! Molière 1998 et César 2001 de la meilleure comédienne, Dominique Blanc est une interprète en fusion, une quête du Graal à elle seule. Après avoir donné de nombreuses lectures publiques de "La Douleur" avec Chéreau, la comédienne se lance dans un spectacle à part entière. A partir d'improvisations, notamment autour de l'attente, Blanc et Chéreau (leur compagnonnage remonte à 1980!) se sont ensuite adjoint les services du talentueux Thierry Thieû Niang, lequel a visiblement contribué à l'efficience de la mise en scène. Le sujet (éprouvant) devient par sa grâce fervente "l'histoire d'une femme seule, le journal intime de quelqu'un qui parle et se parle". Véritable bloc de douleur, elle gratte le texte à l'os et compose un personnage consumé par un feu intérieur, tenant le spectateur au collet de bout en bout. Il ne vous reste que quelques jours pour (re)découvrir ce solo vibrant. Nul besoin d'être fan de Duras pour se laisser prendre : "La Douleur" est l'une de ces œuvres capables de nous ébranler dans des zones inconnues de nous-mêmes.

Annie Chenieux, du Journal du dimanche

[...] Patrice Chéreau, avec Thierry Thieû Niang, met en scène et en relief ce témoignage. Dominique Blanc imprègne le texte de sa présence, intense, sensible, à fleur de peau, et rend palpable la douleur.

Fabienne Darge, du Monde

[...] Et l'ensemble du spectacle est à l'image de ce début, qui lie comme rarement l'intime à l'Histoire, avec une économie de moyens, une concentration, une intensité égales à celles de l'écriture de Marguerite Duras. [...]