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mercredi 18 mars 2020
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mardi 17 mars 2020
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Kuttner, du Pariscope

C’est le premier ballet créé par Angelin Preljocaj pour l’Opéra de Paris il y a vingt ans bientôt, c’est aussi celui qui a le plus été repris à Paris, Londres, Tokyo ou Moscou. Qu’est-ce qui explique le succès de cette œuvre, incarnée par des danseurs de plusieurs générations ? Un somptueux kaléidoscope de tradition classique et de modernité qui jaillit à travers la composition géniale de Wolfgang Amadeus Mozart, guide suprême de tous les plaisirs. Ici, Mozart est doublé par intermittence par Goran Vejvoda, compositeur contemporain, mais ces deux là donnent le ton. « La contrainte, c’est la liberté», disait Stravinsky, et le chorégraphe fait sienne cette citation en dessinant une carte du tendre des relations amoureuses de l’aube jusqu’à la nuit étoilée, un voyage dans le temps qui balaye trois siècles dans l’art de la séduction. Le décor de Thierry Leproust stylise avec des matériaux contemporains la géométrie d’un jardin à la française, éclairé subtilement (Jacques Châtelet) et les costumes d’Hervé Pierre parent les danseurs comme des petits marquis, blanc crème et rouge pour les filles, noir et rouge pour les garçons. Ce bal semble masquer les différences sexuelles qui éclateront plus tard à travers les somptueuses étoffes de robes à paniers aux couleurs chatoyantes et les postures de geishas. Côté danse, le baroque sert ici de canevas pour déstructurer le mouvement, les joliesses naïves de la tradition du 18° siècle passent sous la serpe acérée d’Angelin Preljocaj. Les corps se projettent, félins ou léonins, avec des bras démesurés qui jouent leur propre spectacle. On est dans une dynamique contemporaine qui joue de la violence de l’instant, dynamitant le classicisme en rappelant aussi les danses rythmées d’Europe de l’Est. On invite Marivaux dans « La Dispute », les femmes prennent le pouvoir par un jeu de chaises musicales, mais ces jeux sont ponctués d’intermèdes où quatre jardiniers étranges, sombrement masqués comme des héros de film de science fiction, apparaissent comme les gardiens d’un temple maçonnique. Ces scènes de groupe, d’une architecture remarquable, n’empêchent par d’admirer les duos conçus pour les danseurs étoiles. La violence de la passion, la chaleur du désir et l’abandon sacrificiel prennent vie dans ces moments d’une grâce infinie, avec des interprètes maitres de leurs corps et capables d’une expressivité et d’un don de soi éblouissants. Lors de la première, Aurélie Dupont et Nicolas Le Riche ont embarqué le public grâce à leur virtuosité technique et leur singularité artistique. A savourer comme un cadeau de Noël.