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Heiner Müller
Biographie
Nationalité
Allemande
Date de Naissance
9 Janvier 1929

Auteur dramatique et poète anticonformiste né à Eppendorf en Allemagne le 9 janvier 1929, Heiner Müller fait partie des hommes de théâtre les plus importants de la République Fédérale. Il est connu pour son anarchisme traduit dans des œuvres théâtrales à l’arrière goût de pessimisme. Sa détermination à demeurer en Allemagne de l’Est, contrairement aux autres intellectuels fuyant le régime communiste des années 1950, lui a attiré les foudres de certains compatriotes. C’est un auteur déterminé qui a su vivre dans le respect de ses convictions.

Heiner Müller est né dans une époque sombre de l’Allemagne, où la population vit dans la détresse et la pénurie d’emploi. Il est le fils d’un col blanc et d’une ouvrière.

En 1933, Heiner Müller fait face au premier des nombreux traumatismes de son enfance, lorsque son père, membre du Parti Social Démocrate, est arrêté par les autorités du nouveau chancelier, Adolf Hitler. Le petit Müller, âgé de 4 ans, vivra difficilement le fait d’adhérer de force aux convictions de la jeunesse hitlérienne. Il a le sentiment de trahir ce père, qui une fois libéré, conservera ses convictions anti-nazis et sera expédié dans un bataillon disciplinaire en France, en 1941.

En 1944, Heiner Müller est expédié dans un camp réservé aux personnes qui n’ont pas l’âge de combattre. C’est là qu’il vit les derniers instants de la guerre, sous les assauts aériens des avions anglais. Six ans plus tard, lorsque ses parents quittent l’Est pour l’Ouest de l’Allemagne, dans l’exode massif qui consistait à fuir la RDA dominée par l’URSS, Heiner Müller fait le choix de ne pas bouger. Il compte bien jouir de l’exclusivité d’être un des rares intellectuels à demeurer à l’Est, mais il fait aussi ce choix parce qu’il affirme y être chez lui. Dès lors, commence sa véritable entrée dans le cercle littéraire allemand.

A Berlin, le jeune Heiner Müller fréquente les écrivains et s’essaye au journalisme. Il devra attendre 1956 pour qu’un de ses textes soit publié. En intégrant l’équipe du magazine Junge Kunst, l’auteur commence à s’intéresser au théâtre. Il se met alors à rédiger, avec son épouse Inge, Le Briseur de salaire. En 1959, cette œuvre est couronnée du Prix Henrich Mann. Mais la gloire sera de courte durée puisqu’en 1961, le mur de Berlin est érigé et L'Émigrante, sa nouvelle pièce, est censurée. Dans le même élan, Heiner Müller est rejeté de l’Union des Ecrivains et, une mauvaise nouvelle n’arrivant pas seule, son épouse se donne la mort.

Heiner Müller ne se laisse pas pour autant abattre par ces évènements et s’arme de courage pour remonter la pente et donner un nouveau sens à sa vie. Il se penche sur l’adaptation d'œuvres plus anciennes telles que celles de Shakespeare ou de la Grèce antique. Heiner Müller écrit des pièces qui rencontrent beaucoup de succès à l’Ouest de l’Allemagne alors qu’à l’Est, elles sont souvent interdites. Lorsqu’il présente en 1971 son adaptation de Macbeth, ou encore Quartet en 1985, il est censuré et accusé de crime de pessimisme.

Entre temps, Heiner Müller devient conseiller artistique au Berliner Ensemble. Son caractère anticonformiste lui donne une aura qui attire une nouvelle génération d’artistes. Il s’engage dans des causes nobles, comme lorsque la nationalité du contestataire Wolf Biermann lui a été retirée. Heiner Müller n’hésite pas à profiter de sa position pour se faire entendre.

Bien qu’il vive dans une sorte d’Habitat à Loyer Modéré (HLM), le dramaturge mène une existence à double facette. D’un côté une demeure modeste dans un environnement populaire, qui nourrit les discussions des commères et d’un autre côté un goût prononcé pour les voyages à l’autre bout du monde. Il présente notamment ses pièces en France et travaille avec des metteurs en scène comme Bernard Sobel, Jean-François Peyret ou encore Jean Jourdheuil, qui traduisent et dirigent ses œuvres, parmi lesquelles, Philoctète, Hamlet-Machine et La Route des chars. En 1989, Matthias Langhoff monte notamment la pièce La Mission au Festival d’Avignon, où plusieurs autres de ses spectacles majeurs seront joués.

Il accède au titre de Président de l’Académie des Arts de l’ex-RDA et s’arrête peu à peu d’écrire. Durant cette période, il est accusé d’avoir collaboré avec le Ministère de la Sécurité de l’Etat (Stasi), la police politique de la RDA, en leur fournissant régulièrement des informations. Des accusations qu’il n’a jamais totalement réfutées.

Plus les années passent, plus sa santé s’affaiblit. On lui diagnostique un cancer de l’œsophage et il luttera très longtemps contre cette lourde maladie avant d’y succomber le 30 décembre 1995. Heiner Müller avait reçu, une année avant sa mort, le Prix Europa pour l’ensemble de son œuvre.